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Réserves

La question des réserves est un des problèmes les plus épineux de la déplétion du pétrole. Comme nous avons vu dans la page jargon, les ressources récupérables sont constituées de tout le pétrole qu'ils estiment valoir la peine d'exploiter (je suppose qu'en théorie, tout le pétrole pourrait être récupéré, mais lorsque les coûts sont supérieurs à la valeur de pétrole qui serait vendu, plus personne ne s'en soucie). A part cela, il y le pétrole qui a déjà été extrait (la production cumulée) et qui est mesuré très précisément, celui qui n'a pas encore été découvert mais qu'on estime être là (Yet-To-Find), et ce qui a été découvert mais pas encore exploité (les réserves).

Un des moyens pour estimer le potentiel (la réserve) d'un champ n'est disponible que relativement tardivement dans le processus d'extraction. Comme expliqué à la page production, la production de pétrole atteint un pic quand environ la moitié de son pétrole a été extraite, et décline ensuite. Lorsqu'il est évident que le déclin est entamé, vous pouvez simplement prendre la quantité extraite jusqu'au pic et la doubler pour obtenir approximativement la quantité initialement contenue dans le champ.

Production (Idealised)

R1. Production par Champ (Idéalisée)

Le graphique ci-dessus montre, dans un flux de production idéal, que la moitié est extrait jusqu'au pic (en réalité la courbe subit des distorsions dues aux circonstances politiques et économiques). Puisque la courbe est symétrique, on peut doubler la première moitié pour obtenir le total des réserves récupérables du champ.

Malheureusement cela ne nous aide pas souvent, pour de multiples raisons. Beaucoup de champs ne sont pas encore suffisamment éloignés de leur pic pour en définir précisément le moment. En outre, la production de pétrole n'est pas lisse, biaisée par d'autres facteurs. En conséquence de quoi, nous devons nous appuyer sur les estimations des pays et des compagnies pétrolières; estimations qui, comme nous le verrons, sont trompeuses.

Une façon alternative d'estimer les réserves est de comparer les découvertes cumulées avec la production cumulée. Il y a une corrélation étroite entre le taux de découverte d'un champ ou d'un pays et sa production (avec un décalage variable d'environ trente ans). Il s'agit des données "techniques" qui sont généralement bien différentes (et confidentielles) des données "publiées" ou "politiques".

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Chiffres Publiés

Proved Reserves (BP World)

R2. Réserves Prouvées – BP (Monde)

Du point de vue des chiffres de PB Statistical Review, les chiffres des réserves prouvées sont prometteurs. D'une valeur de 660 Gb (milliards de barils – Giga barils) en 1980 ces réserves ont augmenté à 1,048 Gb aujourd'hui (2002). Pour mettre ces chiffres en perspective, au taux de consommation actuel, nous sommes passés de 24 à 38 années restantes de consommation de pétrole. Regardez donc ces temps bénis où les réserves ont crû de 43% en seulement trois ans. OÙ est le problème?

Le problème apparaît quand vous réexaminez les chiffres avec un peu d'attention. Le chapitre de la consommation montre que l'utilisation du pétrole a augmenté constamment durant ces années (exception faite des quelques premières). Ainsi nous avons utilisé plus de pétrole chaque année et la quantité de pétrole disponible s'est quand' même accrue! Cela va à l'encontre du bon sens. La seule explication semble être que nous avons découvert plus de réserves encore à découvrir (Yet-To-Find).

Mais lorsque nous regardons le tableau des découvertes de pétrole, nous voyons toute autre image.

Discovery (3 year ave)

R3. Découvertes de Pétrole

Discovery minus consumption

R4. Découvertes Moins Consommation

Les découvertes de pétrole ont diminué constamment (avec quelques sursauts occasionnels) depuis un pic durant les années 1960. Ainsi nous continuons à utiliser plus de pétrole et nous en avons découvert moins, mais les réserves continuent d'augmenter. Le tableau R4 montre que nous puisons dans nos réserves depuis 1980, utilisant plus de pétrole que nous n'en trouvons chaque année. Alors que se passe-t-il?

Un des problèmes est qu'il n'y a pas de convention sur les chiffres utilisés comme étant des réserves prouvées. Quelques pays comme les USA utilisent des valeurs minimales, d'autres (par ex. l'ex-Union Soviétique) utilisent des valeurs maximales, et la plupart utilisent des valeurs P50 (voir réserves prouvées).

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Courbes d'Écrémage

Loi des rendements décroissants en exploration minière.

Pour trouver un meilleur moyen d'estimer les réserves, certains géologues se sont tournés vers la courbe d'écrémage. Elle a été introduite par Shell et représente les découvertes cumulées comparées à l'activité d'exploration (nombre de nouveau puits d'exploration) dans un graphique. Cela signifie en français que vous tracez l'augmentation de ce que vous avez extrait par rapport au nombre de puits forés. Au début, beaucoup de pétrole est trouvé avec relativement peu de puits, signifiant que le pétrole est facile à trouver. A mesure que le temps passe, il faut creuser plus de puits d'exploration pour trouver le pétrole tout en en récupérant moins. L'idée est que la « le dessus du panier » est exploité d'abord.

Le graphique en résultant donne une ou plusieurs hyperboles qui peuvent être utilisées pour estimer le montant total initial de pétrole.

Creaming Curve

R5. Exemple de Courbes d'Écrémage

Jean Laherrère, un géologue pétrolier expérimenté, a passé beaucoup de temps à tracer des courbes d'écrémage qui donnent entre autres les chiffres de l'ASPO, combinées avec la notion de ramener les réserves à l'année de la découverte (backdated). Ceci est expliqué par Colin Campbell:

Un champ de pétrole contient ce qu'il contient parce qu'il a été rempli dans un passé géologique; mais la connaissance de ce qu'il contient évolue avec le temps. Si nous voulons une tendance sérieuse des découvertes, nous devons ramener les révisions des estimations à la date de découverte du champ lui-même. Ne pas le faire donne l'illusion que plus de pétrole est découvert que ce qui n'est réellement le cas. C'est une cause de grand malentendu.

Jean Laherrère a également produit un tableau des réserves basé sur ces données techniques plutôt que sur les réserves communiquées par les pays (R6). Le contraste avec les chiffres de BP est saisissant (tableau R2). En gardant à l'esprit que depuis 1980 nous consommons plus de pétrole que nous n'en découvrons, ce tableau semble bien plus réaliste.

World Reserves Laherrere

R6. Réserves Prouvées Monde - Laherrère (Backdated)

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La Falsification des Années 1980s

Qu'en est-il de la stupéfiante augmentation des réserves rapportée dans les années 1980? (Voir tableau R2). Etait-ce de la précision? Ou une erreur? Ou de la falsification? Si vous soupçonnez la dernière possibilité, vous avez raison. Si vous observez les réserves rapportées (par une même source) pour un choix de pays, vous remarquerez quelquechose d'étrange.

Reserves Jump

R7. Le Bond des Réserves

Notez que certains pays ont augmenté leurs réserves (souvenez-vous, leurs propres données, pas celles d'un inspecteur objectif) carrément de façon dramatique vers la fin des années 1980, quand les autres ont continué sans changements notables de leurs tendances. Et notez que ces pays sont L'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Irak et le Venezuela. En fait, les six principaux pays de l'OPEP avec les plus grandes réserves ont tous augmenté leurs totaux, sans découverte majeure correspondante. Pourquoi cela?

La raison est que les quotas de production pour chaque pays membre de l'OPEP sont proportionnels à leurs réserves prouvées. Puisque plus les quotas sont élevés, plus ils peuvent gagner de d'argent, cela leur a évidemment donné de bonnes raisons pour « ajuster » leurs chiffres. Le Koweït a été le premier en 1984 et les autres ont suivi principalement en 1987 (L'Arabie Saoudite en 1989).

En fait, même sans les augmentations massives des années 1980, les tracés de L'Arabie Saoudite, de l'Iran et de l'Irak dans le tableau R7 sont de toute manière plutôt suspects, avançant des chiffres identiques pour de longues périodes, même quand ils exploitaient leur pétrole.Cela ressemble à une sorte de baril magique qui reste toujours au même niveau, quelle que soit la quantité qu'on en extrait.

Bien qu'un certain ajustement fût probablement justifié dans les années 1980, il ne l'était en aucun dans de telles proportions. La falsification des réserves de l'OPEP est un exemple clair du peu de fiabilité avec lequel les réserves sont rapportées. Toutefois, tous les subterfuges ne sont pas aussi flagrants.

 

Sommaire

Chiffres publiés

Courbes d'écrémage

La falsification des annés 1980s

 

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